"Dehors, une interminable tempête de neige sévit. Bulgur est isolé depuis quatre jours. Affamé, il se réveille une nuit en sursaut. Il fouille partout: plus rien à manger. Ses sens sont subitement affectés. Le corps amorphe et la vision floue, il s'effondre au sol et y aperçoit une miette de pain. Dans un ultime mouvement d'excitation, il tend la main pour la saisir, mais entrevoit une lumière qui jaillit d'une fente entre deux lattes de son plancher. Halluciné, il est aspiré dans l'espace entre le rez-de-chaussée et le sous-sol. La chasse est ouverte... "


Note biographique

Nicolas Ranellucci vit et respire dans sa ville natale de Montréal. Enfant, il développe ses talents de peintre dans l'atelier où son père, Antonio dal Cristo Ranellucci, raccorde des pièces de un cent pour la Monnaie royale canadienne. Fasciné par le visage chaste de sa majesté, le jeune Ranellucci soudoie un mécène pour obtenir sa première grande commande, un portrait officiel de la Reine. Cependant, la souveraine, rigide et omnipotente derrière son cadre, est indignée par l'ombre de son trop long nez. Impitoyable, elle ordonne qu'on coupe la main du peintre sur-le-champ. Ainsi, l'infortune lui fait perdre l'usage de son bras. Créateur obstiné, il réapprend à peindre avec le bout de son nez. C'est ainsi qu'en 2011, malgré son atrophie, il présente in extremis l'exposition solo "Mourir pour des miettes", un conte où le narrateur sonde la maladresse du manchot.

 

Texte par Pascale Bearegard
Photo Crédit: Carolyne Scenna