La cloche des apparitions présente la mythologie toute personnelle de l’artiste : environ huit tableaux, allant du petit au grand format, quelques aquarelles et une installation de petits objets présenteront l’imagerie teintée de ludisme que l’artiste développe depuis quelques années. Inspiré par les encyclopédies, les tableaux de maîtres anciens et les livres, l’artiste glane ici et là des éléments à même les ouvrages de référence, qu’il intègre ensuite à ses tableaux. Après avoir travaillé l’univers du conte, la scène de chasse et l’aspect spirituel de la pratique picturale, la série d’œuvres présentées dans La cloche des apparitions aborde plus spécifiquement le thème de la connaissance à travers le motif du vivarium, cette capsule de verre qui permet de contenir le vivant dans un espace clos.

Les terrariums, volières et vivariums existent depuis des siècles dans le but d’élever et d’entretenir une parcelle du monde vivant. D’ordre public ou privé – du jardin zoologique à l’aquarium domestique –, la mise en cage et l’élevage contribuent au savoir et enrichissent notre imaginaire collectif. Parallèlement, les musées d’histoire naturelle ont depuis toujours eu recours à diverses méthodes afin d’exhiber le monde animal : la taxidermie et les dioramas, par exemple, sont des stratégies qui ont longtemps servies et servent encore à l’éducation populaire. Quiconque entre dans l’un de ces lieux luxuriants remarque l’effet de temps suspendu, cette sorte de flottement rendu possible grâce à l’abondance et à la proximité, qui témoignent de la diversité de notre monde que l’on tend à fixer dans l’éternité. S’apparentant à la métaphore de l’arche de Noé, ces petits paradis que l’on s’évertue à reconstituer impliquent un acte de collectionnement particulier : nés du désir gargantuesque d’accumuler le savoir et de posséder la découverte, ces gestes révèlent une certaine crainte mélancolique de la perte, aussi humain qu’irrationnel ce besoin soit-il.

Épris de ce même désir déraisonnable, Nicolas Ranellucci capte et scelle sous vide tout un ensemble de figures et d’objets qu’il affectionne particulièrement. Par la peinture et l’installation, il présente de petits promontoires prenant place dans des espaces imprécis, qui deviennent de véritables théâtres sous cloche de verre. Vivarium ou serre, toutes ces cages qui sont représentées dans les tableaux sont autant de tentatives pour contenir et apprivoiser les figures et les objets qui forgent son univers, réel et imaginaire à la fois. Comme si le fait de les figer par la peinture était insuffisant, l’artiste use ici de la vitre, suggérée par de fins traits blancs ou colorés, pour mettre sous sa loupe et diriger notre regard vers les fantaisies de son esprit. Si certains tableaux en sont exemptés, c’est qu’ils offrent un point de vue de l’intérieur, un plan rapproché des mises en scènes de l’artiste.

Texte de Maude P. Hénaire
Photo Crédit: Rémi Thériault et Mathieu Grenier